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Monday, August 09, 2004

The Le Devoir Article

Le Devoir.com
Recyclage culturel

Bernard Lamarche
Édition du samedi 23 et du dimanche 24 juillet 2005

Titre VO : Trashformations

Description : Oeuvres de Michel de Broin, Jérôme Fortin, Karilee Fuglem et Louis Joncas. Pierre-François Ouellet Art contemporain, 372, rue Sainte-Catherine Ouest, espace 216. Jusqu'au 13 août

Faudrait-il toujours que la culture, l'été, se présente sous le mode de la légèreté? Il y a certes des expositions d'été comme il y a des lectures plus légères pour la saison chaude, mais certains tentent de donner un vernis de sérieux à leurs présentations estivales, question de nourrir l'esprit au même titre que les sens. C'est ce que réalise la galerie Pierre-François Ouellet Art contemporain en présentant Trashformations, qui n'a toutefois de «trash» que le nom. Dans cette exposition de groupe qui aurait mérité un ultime resserrement, les déchets sont le matériau de base.


N'ayez crainte, il n'y a rien dans cette exposition pour provoquer la nausée. Cette vitrine a comme raison d'être, d'abord et avant tout, de mettre en commun les productions de quatre des artistes les plus en vue de l'écurie de la galerie. Louis Joncas et Michel de Broin viennent tout juste de participer à la Manif d'art III à Québec. D'ailleurs, les oeuvres actuellement en galerie avaient été présentées à Québec au printemps dernier. De Broin attend son exposition solo, l'an prochain, au Musée national des beaux-arts du Québec, alors que Fortin se retrouve au MACM actuellement. La carrière de Fuglem va également bon train et l'artiste vient, tout comme De Broin, d'avoir son solo à la galerie.

Voilà pour les présentations. Les déchets sont le principal matériau de cette exposition, donc, qui mêle, sans les approfondir outre mesure, des considérations sociales, écologiques et surtout esthétiques. De fait, la plupart des oeuvres de l'exposition partent des rejets de la société de la consommation pour arriver à des oeuvres plutôt léchées.

Un dépotoir recyclé

À l'entrée de ce dépotoir recyclé au nom de l'art se trouvent les images de Louis Joncas, de la série Détritus. Nous avons toujours été plus ou moins insensible au travail de Joncas en raison de son caractère trop ouvertement séducteur et propret, avec sa prétention à aller par-delà la surface des apparences, ce à quoi nous doutons qu'il parvienne. Cette nouvelle série, pour la première fois exposée à Montréal, ne fera pas pour nous exception. Sa manière gentille de transformer un abject bien relatif en des objets proches de la grande tradition de la nature morte nous laisse de glace, tant elle ne nous apprend que peu de choses sur la nature morte et pas beaucoup plus sur nos habitudes de consommation.

Au mur, dans la même salle de la galerie, Jérôme Fortin présente trois Marines de grand format qui avaient été montrées à l'ARCO en février dernier. Fortin, selon la manière arachnéenne qu'on lui connaît désormais, a utilisé des bouteilles de plastique qu'il a découpées pour les étirer ensuite sur un plan, confectionnant des tondi dans lesquels les rubans de plastique obtenus ondulent de façon à former des vagues. Ici, le pouvoir de transformation fonctionne avec le plus bel impact. C'est là la force des oeuvres de Fortin, surtout lorsqu'il ne s'acharne pas à créer des petits objets dont la nature décorative l'emporte trop souvent, au détriment d'une force d'impact plus importante.

Plus loin, Michel de Broin présente la vidéo Réparations - Une participation volontaire à la propreté de la ville de Paris (2004). De Broin a fait documenter une action réalisée dans les rues de Paris, qui consistait à s'emparer de bouteilles de boisson gazeuse vides trouvées au hasard d'une promenade dans Paris pour les fixer à un petit appareil balistique de son cru, construit à partir d'une pompe à air. Les bouteilles sont ainsi transformées en fusées, lancées tantôt d'un terrain vague, tantôt d'une place bien fréquentée par des passants, pour le moins surpris de voir s'élever soudainement ce projectile. Si le montage nous avait permis d'en apprendre plus sur la réaction des gens face à cette intrusion, la pièce aurait été plus complète, nous semble-t-il (mais alors, elle aurait davantage cédé aux codes du documentaire). Les images s'attardent essentiellement à l'action, plutôt qu'à ses effets.

Jouer des atouts

Finalement, les images photographiques de Karilee Fuglem charment en raison de leur manière de jouer des atouts de la photographie, notamment de la profondeur de champ et de la précision focale. Fuglem est connue pour transformer de petits riens vaporeux en visions poétiques. Ici, des petites mousses de poussière lui servent de modèle. Dans la série More Fluff, l'artiste continue de cultiver l'insolite. Cependant, en présentant son oeuvre dans le même espace que cette autre image, de Louis Joncas cette fois, où le photographe a capté un amas de charpie de sécheuse qui prend une allure organique, il se crée un drôle de contraste, dans la mesure où s'opposent la manière froide de Joncas et celle, plus subjuguante, de Fuglem. Pas le meilleur rapprochement qu'il nous ait été donné de voir.

Le Devoir

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